JUILLET 1943 : LA CONSTRUCTION DU POSTE DE COMMANDEMENT

 

Il s'agit du plus grand blockhaus du Mur de l'Atlantique situé face au secteur de Utah Beach.

 

Le poste de commandement de la batterie Marcouf a été édifié durant l'été 1943, il est constitué de 10 pièces réparties sur 4 niveaux :

 - les chambrées au deuxième sous-sol

 - les pièces de commandement au premier sous-sol

 - le poste de tir et d'observation au rez de chaussé

 - la tourelle anti-aérienne au niveau supérieur

 

Ce Sonderkonstruktion ne répond à aucun plan type. Il a été coulé en deux parties, développe 130m2 sous abri et représente plus de 1.200m3 de béton coulé et d'acier. Il est d'un poids estimé à 2.600 tonnes.

 

Particulièrement bien conçu avec des murs de 2 mètres d'épaisseur, il était équipé d'un poste d'observation disposant d'une vue dégagée sur la plage qui allait devenir un an plus tard "Utah Beach", et sur sa droite les falaises du Bessin jusqu'à la Pointe du Hoc située à plus de 20 kms.

 

En plus de son poste d'observation il disposait d'une cloche blindée de 22 tonnes avec un périscope d'artillerie côtière de grossissement 10, équipement moderne mais rare en Normandie.

 

Cloisonné en 4 compartiments étanches aux gaz, il était équipé de 5 portes blindées et de nombreux sas avec un total de 8 portes étanches aux gaz chimiques.

 

Les vestiges découverts en 2016 après la remise en état du sous-sol inondé depuis 72 ans ont permis de constater la présence de 18 lits pour l'hébergement de la troupe, dont 3 lits pour sous-officiers.

 

Fait très rare pour un blockhaus, la salle principale de commandement ainsi que la chambre des sous-officiers sont entièrement carrelées. Confortable pour l'hiver il bénéficiait de 5 poêles, entièrement électrifié, il disposait de son propre groupe électrogène.

 

Trois lignes téléphoniques blindées (enfouies sous terre dans des tubes en acier) le reliait directement aux casemates de tir, à la forteresse de Cherbourg à 35 kms, ainsi qu'à la batterie d'Azeville située à 3 kms en arrière. Fait assez incroyable quand on voit les photos du site en juin 1944 révélant des cratères de 4 à 5 mètres de profondeur, la ligne le reliant à Cherbourg n'a jamais été coupée par les bombardements et le téléphone est resté opérationnel jusqu'à la fin des combats.

 

Enfin sa protection était assurée par 3 fenêtres de tir intérieures (dont une pièce pour mitrailleuse Hotchkiss), un tobrouk pour MG en toiture avec un accès de l'intérieur, et enfin d'une pièce de 20 mm FLAK située sur le côté droit de son toit.

 

Le poste de commandement était relié au reste de la batterie par un important réseau de tranchées qui allait également jusqu'au poste de commandement d'Azeville situé à une cinquantaine de mètres (les 4 canons de 105 mm de la batterie d'Azeville à 2 km en arrière n'ayant pas de vue directe sur la mer, leur poste de commandement avait été installé à l'intérieur du périmètre de la batterie de Saint Marcouf).

 

 

LA TRANSFORMATION DES BATTERIES   -   L'ATTENTE DU DEBARQUEMENT

 

Réalisée à partir de 1942 la batterie Marcouf était équipée de 6 vieux canons français de 155 mm placés directement dans des encuvements à ciel ouvert, d'une portée d'environ 15 kms.

 

Il était devenu évidant au yeux de l'occupant que ces canons ainsi que ceux de l'ensemble des "batteries légères" (classification de la kriegsmarine pour les canons d'un calibre inférieur à 200 mm) situées dans ce secteur comme Azeville et Quineville étaient dépassées face aux alliés et ne pouvaient plus faire efficacement face à un débarquement du fait d'équipement d'un calibre insuffisant, et périmés (telle Azeville et ses vieux canons datant de 1913 !!! ).

 

C'est pour cette raison que fin 1943 l'OKW choisi Saint Marcouf pour y implanter une "batterie lourde" équipée de canons modernes de 210 mm avec une portée de plus de 30 km, ceci pour protéger tout le secteur de baie de seine situé entre Saint Vaast la Hougue et Grand-Camp.

 

Le 30 janvier 1944 l'amiral Hennecke a accueilli le maréchal Rommel dans le poste de commandement en présence de Ohmsen afin d'inspecter les travaux de construction des 4 nouvelles casemates destinées à l'implantation de ces nouveau canons de 210 mm.

 

La batterie a été complétée par une batterie anti-aérienne constituée de 6 canons de 75 mm.

 

Le maréchal Rommel est revenu au poste de commandement le 10 mai 1944, accompagné de l'amiral F. Ruge, pour rencontrer le capitaine en charge de la batterie et constater l'état d'avancement des travaux en cours.

 

A partir d'avril 1944 les batteries de Crisbecq furent l'objet de nombreux bombardements.

 

La veille du débarquement seules 2 des nouvelles casemates avaient été édifiées.   

 

Avec leurs 3 canons de 210 mm, 6 tubes de 75 mm Flak, 4 tubes de 20 mm Flak, et les 400 hommes en poste, les batteries Marcouf furent les plus importantes batteries à faire face aux alliés au matin du 6 juin 1944.

 

LES COMBATS

 

La batterie a subi un raid aérien de 101 bombardiers américains qui ont largué 600 tonnes de bombes dans la nuit du 5 au 6 juin. On dénombre 5 impacts de bombes sur le blockhaus de commandement, dont 2 correspondant à des bombes de 1 tonne !

 

Elle a été attaquée par les parachutistes américains de la 101ème Airborne (zone de saut du 502 PIR) le 6 juin dès 1 heure du matin.

 

Après avoir visualisé l'arrivée des navires alliés vers 5h20 le capitaine a donné l'alerte en téléphonant à la forteresse de Cherbourg grâce à la ligne sécurisée qui n'avait pas été coupée par les bombardements.

 

Les débarquements ayants débuté sur Utah Beach et Omaha Beah, c'est le poste de Commandement de la batterie Marcouf qui a été le premier à voir puis à annoncer officiellement à l'état major allemand l'arrivée de la flotte alliée au matin du 6 juin.

 

Cette histoire a été relatée après la guerre par le capitaine Ohmsen dans le livre "Zie Kommen ! " ("Ils arrivent ! " - publié en 1961). Elle a inspiré l'une des célèbres scènes du film "Le jour le plus long". La visite actuelle du poste de commandement permet de revivre cette scène du 6 juin 1944. 

 

Malgré ses canons modernes de 210mm la batterie de Crisbecq n'a joué aucun rôle venant contrer le débarquement à Utah Beach, démontrant ainsi la totale inefficacité du Mur de l'Atlantique face au débarquement.

 

Rapidement neutralisée par les cuirassés Américains elle a du se contenter ensuite de combats défensifs terrestres limités au secteur de Crisbecq pour retarder l'avance des alliés vers Cherbourg

 

Ce n'est que dans la nuit du 11 au 12 juin que les derniers occupants de la batterie ont abandonné celle-ci faute de munitions et de combattants, en réussissant à échapper à l'encerclement.

 

Les combats contre le 22nd Infantry Régiment de la 4th Infantry Division ont duré plus de 6 jours.

 


Face à l'oberleutnant Walter Ohmsen, le Lieutenant Preston NILAND et ses hommes de la compagnie C du 1er bataillon, 22ème IR - 4ème ID américaine débarquée au matin du 6.6.44 sur Utah Beach.

 

Preston NILAND a été tué le 07.06.1944, le lendemain du décès de son frère Robert (parachutiste de la 82ème Airborne) tué à moins de 7 kms de Crisbecq, à Neuville au Plain.

 

Seul leur frère Frédérick, parachutiste à la 101ème Airborne est revenu vivant de Normandie.

 

C'est l'histoire des frères Niland qui a inspiré le film "Il faut sauver le soldat Ryan".

 

 

Le Mémorial Preston NILAND a été inauguré le 07.06.2019 au Poste de Commandement des batteries de Crisbecq à l'occasion des festivités du 75ème anniversaire du D. Day

par Douglas Johnson (US Army veteran), en partenariat avec

Skip Johnson de l'Historical Society of the Tonawandas et Rick Davis, Mayor of Tonawanda dans l'état de New York .

 

 


 

Destroyer US Corry

 

Pris dans les objectifs télémétriques du poste de commandement à l'aube du 6 juin 1944, le destroyer US Corry sera le seul navire qui aurait été coulé par une batterie allemande du mur de l'atlantique durant les combats du Débarquement.

 

Photo du dernier obus de 210 mm Skoda de Crisbecq, identique à celui qui aurait coulé le destroyer Corry le 06.06.44

Contrairement à la propagande allemande il semble que celui-ci fît naufrage après avoir heurté une mine.

 

(en comparaison à un obus de 150 mm, calibre maximum des autres batteries allemandes située sur les plages du débarquement))


Ohmsen en photo sur la couverture du journal "Die Kriegsmarine" de juillet 1944

 

Le fait que le Poste de commandement de la batterie Marcouf ait été le premier à avoir donnée l'alerte face au débarquement a donné lieu à plusieurs articles dans la presse allemande de l'époque.

 

L'annonce du débarquement allié au QG de cherbourg par Walter Ohmsen à 5h20 du matin le 06.06.44 a fait l'objet de la une du journal "Die Kriegsmarine".

 

Elle a été également été reprise dans le journal Gegen England du 16 juin 1944.

 

Cornélus Ryan en a été inspiré pour son film "Le jour le plus long"


Photos de Walter Ohmsen après les combats du 6.6.44 et après la guerre

Flasque en argent ayant appartenu à Walter Ohmsen (gravée de ses initiales).

 

Retrouvée dans les débris du sous-sol inondé ré-ouvert en mai 2016.


 

LE SORT DU POSTE DE COMMANDEMENT APRES LA GUERRE

 

Le poste de commandement a été utilisé par les troupes américaines pendant plus de deux mois, de juin à aout 1944, puis il a fait l'objet de tirs d'explosifs pour détruire ses installations intérieures.

 

Dès 1945 le poste de commandement a fini entre les mains des ferrailleurs. Plus de 30 tonnes d'acier ont été récupérées, dont la cloche périscopique blindée qui pesait 22 tonnes à elle seule.

 

Livré aux intempéries, le sous-sol s'est rapidement inondé.  Pour des raisons de sécurité les lieux ont été fermés, et ce jusqu'à leur réparation en 2016. 

 

3 tonnes de béton ont été nécessaires pour réparer les mur intérieurs et 19 tonnes de béton ont été coulé pour réparer le trou béant dans la toiture qui avait été causé lors de la récupération de la cloche blindée périscopique.

 

Ce n'est qu'en février 2019 que les derniers travaux de remise en état ont été réalisés dans la tourelle supérieure, pour finir de dégager des gravats liés aux bombardements de 1944.

 

Ces travaux auront permis de l'ouvrir aux visites pendant 5 ans.

 

Il sera à nouveau refermé aux visites à partir de 2021 pour être préservé dans son état d'origine avant son prochain classement au titre des Monuments Historiques.


Ci-dessous à gauche la photo du trou béant (aujourd'hui réparé) de plus de 4 mètres de large sur 3 de profondeur dans la toiture du bunker après l'extraction de la cloche blindée périscopique qui était similaire à celle de la photo de droite (Poste d'observation de La Pernelle actuellement).  


Les trouvailles de 2016 aux abords du poste et dans les gravats du sous-sol, dont :

- une médaille allemande des blessés

- une flasque à alcool en argent

- plusieurs boutons d'uniformes de la kriegsmarine

- un reste de central téléphonique

- des cartouches de Mauser mais aussi de Lebel et de Steyr (armement disparate de la batterie)

- des débris de bandes rigides pour Hotchkiss.

 

Douilles de 20 mm FLAK percutées lors des combats de juin 1944 par le canon Oerlikon du Poste de commandement.

 

Douilles vidées tirées retrouvées en décembre 2017 lors des travaux de dégagement des gravats de la tourelle.

 

Au total plus de 120 douilles ont été retrouvées !!!

 

Tenue de la Kriegsmarine ayant appartenu à l'un des canonniers de la batterie de Crisbecq.

 

Cette combinaison de canonnier utilisée par la Kriegsmarine et la Luftwaffe est restée abandonnée sur le site et a été récupérée juste après les combats.

 

Elle a été conservée localement pendant 75 ans avant de revenir au musée en janvier 2019.

 

Sirène à main d'alerte.

 

Rare sirène allemande à main pour les alertes (à ne pas confondre avec les petites en bakélite).

 

Cette pièce est typique du Mur de l'Atlantique. Elle a été repeinte avec le même jaune que celui utilisé pour les portes blindées des blockhaus.


 

Objets historiques liés à la période de l'été 44, retrouvés dans le secteur

 

Casque léger US de la 4ème Division

 

Très rare liner de casque US de la 4ème ID, complet et en parfait état avec son trèfle de la division. Fabrication de 1942.

 

 

 

Casque US 101ème Airborne - 327 GIR / 1er Battalion

 

Superbe ensemble jamais dissocié : liner + coque avec leurs marquages typiques du débarquement. Fabrication de 1942.

Les trèfles de la coque avaient été recouverts sommairement pour être masqués et éviter les snipers allemands (pratique répandue après les premiers combats)

 

(Ce casque provient du secteur de Carentan)

 

Obus de mortier 60 mm US

 

Petit obus de mortier - 60 mm US - typique du matériel portatif embarqué qui était utilisé par les paras 

 

(Cet objet neutralisé a été retrouvé dans une ferme de la Manche)

 

Gant de parachutiste US

 

Gant de para.

 

 

(Ce gant a été retrouvé seul ....)

 

Casque US

 

Casque complet jamais dissocié : liner + coque.

 

(Ce casque provient de Valognes dans la Manche)

 

Casque Allemand

 

Casque allemand camouflé avec son fil de fer d'origine pour accrocher des végétaux.

 

(Ce casque provient de Montebourg dans la Manche)

 

 Casque US

 

Casque allemand nominatif : "Baumerich".

 

Fait très râre, une étiquette en tissus est cousue sur l'intérieur de la coiffe en cuir avec les références de l'unité : "Kanonier Luft 2 Bat. Art. Regt 28 "

 

 

Robe de femme faite à partir d'un parachute américain.

 

Rare vêtement féminin encore intact aujourd'hui. Il avait été fait à partir d'une toile camouflée de l'un des nombreux parachutes abandonnés qui jonchaient les champs au matin du 6 juin 44.

 

Contrairement à bien des films, la plus-part des toiles de parachute que l'on retrouve dans le secteur de Utah Beach sont camouflées et non blanches. Quelle était la couleur réelle du parachute de John Marvin Steele resté accroché au clocher de Sainte Mère Eglise, blanche comme la toile visible aujourd'hui ? ou camouflée ...

 

 

Cette robe a été récupérée en février 2019 à Sainte Marie du Mont

 

 

 

Machine à écrire Erika marquée "Kriegsmarine".

 

Elle provient de l'un des bureaux du PC de l'Amiral Hennecke à Cherbourg.

 

Cette machine à écrire avait été récupérée puis réutilisée par une entreprise locale jusque dans les années 60 (Don de la Société des Cars Vitali).

 

 

 

Vélo réglementaire allemand "Victoria Werke" daté "1943".

 

Ce vélo a été récupéré en 2019 dans le secteur de Saint Sauveur le Vicomte.

 

 

 

 

 

Casque du 502 PIR - 101ème Airborne, dont un nombre important de parachutistes a sauté au pied de la batterie de Crisbecq. Plus de 20 d'entre eux finiront prisonniers et resteront enfermés durant les 6 jours de combats